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Vivre au village Trèfle

Vivre au village Trèfle

Ecrit par Le Lab Cecsy dans Cecsy le 06 oct 2019

Je m’appelle Roze, j’ai eu 55 ans hier. J’offre aujourd’hui ces quelques pages dans le livre de la gratitude qui se trouve à l’entrée de notre village trèfle de ____ (village abandonné).

Cela fait un peu plus de 10 ans que j’ai rejoins un écosystème villageois CECSY. J’ai vécu tellement de choses depuis que j’ai besoin d’organiser mes idées pour savoir par où commencer.

Tous ceux qui m’ont vu arriver à l’époque, en 2022, savent dans quel désarroi je pouvais être. Mère isolée, j’enchainais alors des petits boulots de survie qui ne permettaient pas de garder un appartement. Lorsque je n’étais pas hébergé en dépannage, je squattais. La dépression et l’alcool ne faisaient pas bon ménage….les services sociaux avaient dû prendre en charge ma fille.

Peut-être parce que je disais régulièrement autour de moi que j’avais la main verte, un jour, une personne croisée au marché me dit que je m’épanouirai sûrement plus si je rejoignais un « village de transition heureuse ». C’est comme cela que j’ai appris qu’à moins de 50 km d’ici, un village rural quasiment à l’abandon avait entamé un virage radical, un projet de revitalisation inédit dont l’objectif était de résister aux crises de notre société, aux actuelles mais surtout à venir. Ma première réaction, je me souviens, a été de me dire, « mais j’ai pas envie d’aller dans une secte !».

L’idée de ce village m’intriguait tout de même et je voulais en savoir plus, jusqu’à ce que la gérante de l’épicerie solidaire où j’allais de temps en temps me sorte une brochure. « Rejoignez un village CECSY, pour réhabiter la terre ». Le titre donnait envie. Cette jeune femme, Lorie, en parlait avec emphase. Elle avait le projet de rejoindre un de ces 150 villages, et en ciblait un en Bretagne pour retourner dans son terroir natal. C’est elle qui m’a décidé, me répétant que je trouverais une place pour m’épanouir et me sentir utile. Les descriptifs des logements, beaux et sains et la liste des activités proposées me faisaient penser à un descriptif pour un village vacances. Il y avait même un hammam…. « Qu’est-ce que tu as a y perdre ? » me répétait t’elle, la seule condition pour pouvoir y rester est de pouvoir t’engager dans les rôles que tu as choisi.

Pour en savoir plus, je me suis fait accompagner au village et j’ai été reçu par un des membres d’organisation. Hiram, avec son large sourire et son accent hollandais me mis tout de suite à l’aise.

« Et si nous allions faire un tour dans notre havre de symbiose ? » Je pensais que cela se limiterait à un aperçu autour d’une petite place de village, mais il me fit signe de le suivre avec un des vélos de prêt parké à l’entrée.

Le cheminement qu’il allait me faire parcourir devint le dessin d’une nouvelle vie, ce jour là résonna comme un nouveau départ. . Au fur et à mesure de notre parcours, la description des grandes composantes de cet écosytème révéla l’infinie richesse qui se logeait au cours de ce village :

- « Nous longeons les 2 parkings extérieurs en gore, parsemés d’arbres centenaires, il y a celui des véhicules partagés et celui des visiteurs, aucun véhicule thermique dans le village, juste des plateformes électriques pour transporter tout ce qui est lourd. C’est quand même mieux pour que les enfants jouent dans les rues…non ?

- Sur ta gauche, c’est la sphère de l’apprentissage, pour tous âges, de la crèche au lycée alternatif, où la philosophie et les principes de résilience ont autant d’importance que ceux des mathématiques et ce dès l’école primaire. Les espaces extérieurs sont encore plus beaux que les bâtiments, tu ne trouves pas … ? Puis nous avons l’école des parents, et « l'école de la transition sans compromis », notre centre de ressource pour l’autonomie et de l’épanouissement ouvert à l’extérieur dont nous sommes très fiers. Nos programmes font l’objet aujourd’hui d’une chaire internationale et nous accueillons actuellement 3 doctorants.

Notre principal enseignement Rose est qu’il n’y a pas de transition sociétale sans transition intérieure !

- Sur ta droite, voici l’aire de la terre ! C’est notre laboratoire géant de symbiose. Il y a en bordure de l’allée, notre grand jardin romantique, idéal pour flâner seul ou a deux et s’émerveiller de toutes les beautés florales et les senteurs des aromatiques. Juste derrière, nos serres et notre « labo des pouces verts » pour les cours de symbiose de nos enfants… Nous voici maintenant dans notre jardin partagé, sur plus de 5000 m². Chacun s’essaye à la culture de ce qu’il souhaite mais la plupart contribuent à la réussite de notre havre de permaculture, un peu plus loin, nous avons notre forêt nourricière de près d’un 1ha. Avec seulement 5 personnes qui y travaillent à plein temps, nous sommes devenus autonomes en alimentation à 75% et revendons en moyenne 500 kg de fruits, plantes et légumes par semaine sur le marché. Nous n’irons pas jusque là mais en bordure de foret, à l’est, s’étend notre ferme. Elle est un peu spéciale, elle produit du chanvre, du lait et des fromages, de la bière, du vin et des conserves mais également des lombrics pour revitaliser les sols et des insectes comestibles….et bien d’autres encore mais il faudrait une visite dédiée pour le découvrir….

- Nous arrivons maintenant dans une zone plus dense, plus bâtie. L’habitat, chez nous est scindé en deux zones. La zone que nous appellerons pavillonaire, plus tournée vers l’intimité des foyers.

Le fonctionnement est assez classique, des logements simples tournés vers la nature, beaux, écoconstruits et totalement sains pour leurs habitant. Les plus beaux bâtiments sont les communs, ceux où vous pouvez vous retrouver pour prendre le repas, jouer avec les enfants ou faire du sport. C’est ici que sont concentrées les équipements électriques les plus énergivores comme les lave linges, les fers à repasser et les plaques de cuisson. Un peu moins de 500 personnes y vivent actuellement, il reste un dizaine de logements disponibles. De l’autre côté de notre place centrale, vous trouverez des logements d’une autre nature, des appartements, des gites d’une capacité d’accueil de 80 personnes, et plusieurs bâtiments d’activités économiques.

Parmi eux notre épicerie, notre bar/restaurant festif , les échoppes des artisans présents sur les lieux (une bonne dizaine) mais également un espace de travail partagé pour 80 personnes, des ateliers low-tech patagés et notre grande fierté, une imprimante fonctionnant à partir de 5 sortes matières végétales et minérales locales. Grâce à ces ressources, nous sommes autonomes à 80 % sur la fabrication des objets du quotidien. (Il y a 10 ans encore, presque tous ces objets venaient de Chine). Il faut dire que la charte de notre village recommande l’interdiction d’objets en plastique synthétiques. Ici, nous passons devant notre bâtiment étendard de l’architecture du changement, 15 personnes du village se relaient pour faire fonctionner notre village coopératif. Cela est géré comme une entreprise mais cela se vit comme un village vacance !!

- Et nous voici maintenant dans la partie que je préfère….notre bulle de bien-être. Ici à l’extérieur, vous avez des aménagements pour la pratique des arts martiaux et du yoga en extérieur, nos jeux de boule et de volley…A cette heure ci, il y a une séance de qi-quong, ne passons pas trop près pour ne pas les déranger. Mais ce n’est pas tout, vous voyez là bas, ce petit étang, et bien c’est notre piscine naturelle. Ces deux beaux bâtiments en bois, ce sont nos deux hammans, des espaces privilégies d’échange et de détente, un pour les hommes et un pour les femmes.

On ne les met en route que le w-end….je peux vous assurer qu’ils sont appréciés ! Tout aussi important pour notre qualité de vie, vous avez ici en lisière de forêt 3 yourtes qui abritent des talents dont nous ne pouvons plus nous passer : un masseur ostéopathe, un médecin chinois, une magnétiseuse et un géobiologue. Grâce à eux, les visites chez le médecin en ville ont été divisées par 4, sans parler de la consommation des médicaments ! Depuis deux ans, nous avons aussi la chance d’avoir attiré à nous une chamane amérindienne qui nous concocte nos potions de bonne santé et accompagne les femmes enceintes vers l’accouchement. Ah, et j’oubliais, nous ne le voyons pas du chemin cyclable mais si tu continue ce petit sentier tu arriveras sur la plus grande des yourtes, que nous appelons le dôme de méditation. Il est placé à l’endroit qui dégage le plus d’énergie sur le site….

- Bon maintenant, nous allons revenir à l’acceuil ,dans notre salon, pour recueillir ton ressenti.

Sur le retour, mon guide me conta le fonctionnement technique du village, comment il avait pu être autonome en énergie, en eau et partiellement en produit d’équipement. Tout cela était possible grâce à un écosystème d’infrastructures et de réseau qui produisant l’énergie, la chaleur, la fraicheur et gérait le flux de l’eau potable ou non et des flux de rejets humains qui finissaient par nourrir le sol ou produire des calories. Tout cela était non visible depuis l’intérieur du village mais permettait de le faire fonctionner avec un confort très raisonnable.

- Après avoir rangé nos bicyclettes, Hiram me fit signe de m’installer dans un des fauteuils présent dans le petit salon. Un large sourire égayait toujours son visage.

- Autour d’un thé fumant qu’il me proposa, il me posa tour à tour 3 questions :

Rose, J’ai besoin de savoir :

- Qu’est ce que tu aimes le plus faire dans la vie ?

- Qu’est ce que tu aimerais faire pour le village, quel rôle aimerais tu jouer… ?

- En échange de ton implication, accepterais tu d’être rétribuée d’un logement, de paniers repas et d’un peu de monnaie locale pour apprécier les services qui sont proposés ici… ?

J’avoue avoir été clairement décontenancée par cette question. C’est un peu comme s’il me proposait : aimerais tu vivre dans village vacances, dans lequel tu puisses être utile et sans payer 3 mois de loyer d’avance… ?

Hiram poursuit, tu n’es bien entendu pas obligée de répondre tout de suite, mais c’est une condition obligatoire avant de venir t’installer ici, dans un premier temps pour une immersion d’un mois, puis de 3 mois avant de prendre ta décision. Je l’écoutais impressionnée, un peu dubitative comme si cela cachait quelque chose d’autre. Pourtant, il se dégageait une authenticité et une sincérité de cette homme qui vous mettait en confiance sans équivoque

Pour que tu comprennes un peu mieux le fonctionnement de notre village, tout cela n’est possible et accessible à tous car nous sommes sortis d’un fonctionnement classique de gestion. Le village entier est une coopérative qui détient le foncier, les bâtiments réhabilités et les nouvelles infrastructures.

Tous ceux qui habitent, travaillent ou fréquentent ce lieu, comme tous les villages et les quartiers CECSY, sont des coopérateurs. Être coopérateur cela veut dire partager un idéal de vivre-ensemble, de faire-société en pleine conscience et en pleine responsabilité de notre acte. Cela n’a rien à voir avec le patrimoine avec lequel tu arrives, c’est uniquement lié au degré d’engagement de chacun d’entre nous pour que cela fonctionne. Il y a encore de nombreuses personnes qui travaillent à l’extérieur, environ une soixantaine, pour autant elles consacrent toutes entre 3 à 4 heures de leur énergie pour faire fonctionner cette communauté, certaines pour des fonctions d’apprentissage, d’autres pour garder des enfants et d’autres encore pour animer des ateliers ou préparer nos repas partagés. Plus de 100 personnes travaillent depuis le village et 25 consacrent tout leur temps pour la vie de la collectivité. Actuellement, nous recherchons par exemple une vendeuse pour la boulangerie, une personne pour les lessives, 2 autres pour l’entretien des espaces et une administratrice pour la coopérative. C’est à toi de choisir ce qui a le plus de sens pour toi, bien entendu les fonctions peuvent être multiples pour éviter la routine et surtout évoluer avec le temps.

Je me souviens être restée pensive pendant un long moment, quasi sans voix. Hiram me regardait d’un air amusé.

La seule question que j’ai posée, je me souviens a été : « combien de gens vivent ici .. ? », il m’a répondu « sans toi, nous sommes 723, d’ici à trois mois 5 bébés devraient nous rejoindre ! »
En cette fin d’après-midi, je suis repartie dans un état second, entre joie et questionnement profond.

Dans le car qui me ramenait chez moi, je me sentais rêveuse, comme au bord d’une nouvelle vie qui devenait possible.

Une semaine plus tard, je revenais voir Hiram avec le coeur battant. Il m’accueilli les bras ouverts en me disant : « on vous compte pour le repas aujourd’hui… ? Je souris et m’empressa de lui dire que j’aimerais intensément cultiver la terre et me former à la permaculture.

Voilà qui me ravit, s’empressa Hiram ! Je te vois exactement là-dedans !

Et voilà quinze ans que je produis légumes, plantes et fruits dans l’espace de permaculture et d’agroforesterie qui a doublé depuis mon arrivée. J’ai pu sensibiliser de très nombreuses classes à l’apprentissage de la vie par l’observation du vivant, aujourd’hui ces enseignements sont répercutés auprès d’entrepreneurs. Ainsi, je m’épanouis au fil des années, aussi impliquée dans les cultures, les cuisines et le centre de formation.

Roze, le 25 mai 2032

A placer….
Dans l’environnement direct du village CECSY , 3 entreprises se sont implantées , dont une qui fabrique des produits ménagers à partir de produits naturels sans impact et une autre des équipements de puériculture sans pétrole.
Autre récit : en 2040 – La réussite des alternatives

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