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8 - Annexe - La cahier des charges

Qui est derrière Bio-Scène ?

8 - Annexe - La cahier des charges

Ecrit par Aye-Aye environ... dans Bio-Scène le 12 oct 2003

par Francis Hallé - 2003

"Bernard Chanson est un passionné d'arbres tropicaux et est spécialisé en mécanique des bois. C'est un chercheur aux intuitions fulgurantes, qu'il mêle avec un certain laxisme dans la conduite de sa carrière.

Il m'a souvent fait penser à Ed Ricketts, le héros de Steinbeck.

Un jour, Bernard a évoqué pour moi ce cahier des charges de l'arbre tropical ; j'aurais préféré qu'il écrive cela lui-même ; j'ai dû me contenter de son accord pour le faire à sa place".

"Suppose, me dit-il, que j'aille frapper à la porte d'un architecte fameux, genre Niemeyer ou Le Corbusier, Portzempart ou Ebersolt.

Le dialogue pourrait ressembler à ça :

– Voilà, Maître, je voudrais que vous me construisiez une tour de 60 mètres de hauteur. Est-ce possible ?

– Bien entendu, je sais faire cela, j'en ai déjà fait des dizaines. Mais vous savez, les tours de plus de six étages, c'est un peu passé de mode, il paraît que ça génère de l'insécurité.

– Maître, vous n'y êtes pas, il ne s'agit pas d'une tour d'habitation. D'ailleurs, elle est pleine et la surface au sol doit être circulaire, d'un diamètre de deux mètres.

– Waouw ! Comme vous y allez. Laissez-moi réfléchir un instant … voyons … 60 mètres de haut et 2 mètres de diamètre basal … elle va ressembler davantage à une antenne des télécoms qu'à un gratte-ciel, votre tour.

– Pas du tout, j'ai oublié de vous dire que la partie haute – disons, les 20 mètres supérieurs – doivent porter une vaste surface, souple, finement découpée, mais se montant à un total d'environ 10 hectares. Puis-je, en outre, vous demander de peindre tout cela en vert ?"

C'est le maître lui-même qui devient vert !

– "Quoi ! hurle-t-il. Vous imaginez la prise au vent ? Il va falloir que je fasse des fondations de plus de quinze mètres de profondeur.

– Désolé, Maître, mais la profondeur des fondations ne devra pas excéder deux mètres. J'ajoute que j'ai l'intention d'établir ma tour sur un sol tendre et très humide.

– Vous êtes fou ! Je ne la sens plus du tout, votre construction. Il va falloir que je fasse appel à des matériaux ultramodernes, sophistiqués, donc excessivement coûteux. Vous y avez pensé, à ça ?

– Bien sûr que j'y ai pensé. Hélas pour vous, Maître, le matériau doit être trivial, capable de flotter sur l'eau et d'un prix extrêmement bas – donc, très attractif pour moi – quelque chose comme 100 francs la tonne, ou moins si c'est possible.

– Un édifice comme ça n'existe pas et n'existera jamais. Vous vous fichez de moi ! Allez-vous en !"

– Je suis parti, ce n'était pas la peine de l'importuner davantage. D'autant plus que je ne lui avais pas encore avoué le pire : si par malheur le vent abîmait ses superstructures, ma tour devrait être capable de s'auto réparer.

Il ne faut jamais les pousser à bout, ces architectes"… •

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